Notre paroisse

L'Eglise protestante unie de Dijon, Beaune et Côte d'Or constitue, comme son nom l'indique, une seule paroisse couvrant l'ensemble du département de la Côte d'Or.

 

Une des caractéristiques de cette paroisse est donc un déploiement à la fois en ville et en campagne, avec une concentration d'activités à Dijon et une présence plus "éparpillée" en dissémination (Nuits-Saint-Georges, Beaune, Montbard, Semur, Châtillon-sur-Seine, Is-sur-Tille...).

 

Cette réalité est une richesse, mais elle est aussi un défi puisqu'il s'agit de vivre tous ensemble l'Evangile au sein d'une seule et même communauté. Comme souvent dans le protestantisme, le défi consiste à articuler la diversité avec l'unité. Quelques temps forts pendant l'année permettent une rencontre entre tous les paroissiens pour des cultes et des activités communes. Les liens sont toujours à développer, resserrer, cultiver !

 

La présence d'une population protestante est relativement faible en Côte d'Or, ce département n'ayant pas été un foyer historique de la Réforme au 16e siècle. A l'heure actuelle, on dénombre environ 600 famillesen lien plus ou moins proche avec notre Eglise. Environ 300 familles participent à la vie financière; une centaine participe régulièrement aux cultes et aux différents groupes.

 

Notre paroisse se comprend comme une structure suffisamment solide et stable pour proposer des temps et des lieux favorisant la rencontre entre toute personne en quête de sens et la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Chaque personne y est accueillie et accompagnée aussi longtemps qu'elle le souhaite ou qu'elle en a besoin.

 

Le respect de la personnalité et de la différence de chacun fait partie intégrante de la culture protestante. L'Eglise est et doit demeurer une communauté ouverte, où l'on est libre d'entrer, qu'on est libre de quitter et où l'on est libre de revenir. Les protestants français, inventeurs de la notion de liberté de conscience, ne peuvent cautionner une manière de vivre l'Eglise reposant sur la contrainte, la culpabilisation... ou la séduction !  

 

Un aspect fondamental de notre vie en tant que paroisse consiste à mettre à la disposition du plus grand nombre des possibilités de formation, de réflexion, de questionnement, pour tout ce qui concerne la foi chrétienne, la Bible, la théologie protestante, etc. Toujours dans un esprit d'ouverture, de tolérance et de dialogue : la foi n'est pas incompatible avec l'exigence d'une pensée critique ! Seule une foi transformée en idéologie et enfermée dans des dogmes rigides a peur du questionnement...

 

Un autre aspect fondamental de notre vie de paroisse est la convivialité, la recherche d'une fraternité tissée à la fois de solidarité et de disponibilité. Dans une société hyper-individualiste, anonyme, guettée par le repli sur soi, notre Eglise s'efforce d'offrir une place à chacun et de cultiver le "sens de l'autre", le goût pour l'altérité. C'est la raison pour laquelle, par exemple, nous soutenons l'action de la Cimade pour le respect du droit des étrangers, en mettant nos locaux à disposition de cette association plusieurs fois par semaine.

 

En bref, notre paroisse se veut un lieu de passage : passage de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ qui libère et remet debout, passage des femmes et des hommes qui peuvent être accueillis sans distinctions ni conditions. Une manière parmi tant d'autres d'illustrer ce mot si important pour les chrétiens : Pâques. Ce mot signifie littéralement en hébreu "passage". Dans l'Ancien Testament, il renvoie à l'événement de la sortie d'Egypte, quand le peuple d'Israël fut libéré par Dieu de l'esclavage, sous la conduite de Moïse. Dans le Nouveau Testament, il évoque l'événement de la Résurrection du Christ, quand Dieu releva d'entre les morts le crucifié que tous avaient réprouvé.

 

Dans le sillage de ces "passages", c'est chacun et chacune d'entre nous qui est appelé à passer de l'esclavage à la liberté, de la mort à la vie, dans la découverte d'une Parole qui redresse ce qui était courbé et qui ouvre ce qui était fermé. Si notre paroisse parvient à relayer cette Parole de temps à autres, à la mettre en circulation pour qu'elle soit créatrice de vie et d'espérance, alors nous avons une chance d'être fidèles à notre vocation...  

 

 

Le temple de Dijon

Je me souviens de ma surprise lors de la visite à Prague du temple de Jean Hus. C'était évidemment un temple nu, avec des bancs très simples, quelques versets bibliques aux murs et un trou dans le mur de devant, la chaire du prédicateur. Notre guide est resté muet, il n'avait rien à dire, rien à montrer. Que dire d'un lieu vide ? J'étais bouleversé… Le guide nous avait parlé de Jean Hus devant son monument sur la place Staré Mêsto de la vieille ville…Mais son église, quand même, elle méritait mieux que cela, l'esprit de Jean Hus devait y planer !


Et voilà qu'il m'a été demandé de faire visiter notre temple de Dijon lors des Journées du Patrimoine, notre église qui présente le même degré de nudité que l'église hussite. Je voyais déjà les gens faire un tour au pas de charge avec une moue de désappointement à la sortie…Comment faire partager aux visiteurs le sens de cette extrême sobriété ?


Qu'est-ce qu'on voit en entrant ? Une disposition classique d'église avec une nef unique, un transept, un chœur, des vitraux sans illustrations, pas de statues, juste quelques citations bibliques sur les murs. Des chaises très ordinaires disposées bien en rangs. Dans le fond, un chœur. Ah si ! quand même une croix, mais pas de stalles. Une table en bois, jolie mais sans plus, qui semble prendre la place traditionnelle de l'autel, et encore ! elle est placée à même le sol de la nef. Sur la table, une Bible ouverte. Une grande belle Bible ancienne (en français), manifestement à la place d'honneur. Sur la gauche une chaire, là aussi sans sculptures ni rien de particulièrement artistique. Un orgue, ah oui, là, splendide. Il semble tout neuf. Que puis-je ajouter ? Le temple a été inauguré en 1898…

 

Eh bien, c'est fini, on a fait le tour. Au revoir Mesdames et Messieurs, vous nous quittez‍ ? Cela vous intéresserait-il de faire parler cette nudité, ce "rien" ?


Le regard circulaire que nous jetons sur l'ensemble nous révèle qu'il n'y a ni cierges ni lampe de Saint-Sacrement. C'est que nous sommes dans un lieu d'assemblée et non pas dans un lieu sacré.


Solennel, mais pas sacré. Ce lieu n'a pas été consacré, mais inauguré. Pour le protestant il n'y a pas de lieu sacré sinon la terre entière, pas de personnes sacrées sinon tous les humains. C'est la maison où se réunit une assemblée de chrétiens, comme en témoigne la croix au fond du temple, un lieu pour célébrer le culte.


Voyons la croix : ce n'est pas un crucifix, mais une simple croix nue en bois brut. Elle représente la croix de la crucifixion du Christ au Golgotha, vous vous en doutiez. Cette croix nue rappelle la résurrection du Christ. La résurrection, voie libératrice pour l'avenir, insère les fidèles dans la vie et dans l'espérance.


La table. Nous l'appelons "table de communion". Cette table est située au même niveau que l'assemblée des fidèles, mettant ainsi l'accent sur la proximité de Dieu et l'égalité de tous les croyants (le pasteur qui préside le culte n'est pas un clerc) et non sur la séparation. Lorsque le pain et le vin sont proposés à la communion, l'assemblée se réunit autour de la table. Le symbole est dans la convivialité des participants avec le Christ et entre eux… La communion n'est pas liée aux notions de sacrifice et de trans-substantiation. C'est dans le cœur des fidèles que le pain et le vin représentent la pleine communion au Christ.


La Bible. Elle a la place d'honneur sur la table de communion, car les protestants mettent l'accent sur le rôle fondamental de la Bible dans le christianisme. Lors de la Réforme, Luther ayant été excommunié, la question suivante s'est posée : à quelle autorité allait-on se soumettre puisque le pape était récusé ? Cette autorité, ce sera la Bible. Elle est le socle des convictions protestantes. "L'Ecriture seule", mot d'ordre des protestants qui va de pair avec "A Dieu seul la gloire". La Bible dans le temple met en avant la lecture collective. Un texte de la liturgie présente cette lecture : "Nous allons lire les Écritures pour qu'elles deviennent pour nous Parole de Dieu".


Ceci nous conduit à la chaire, symbole de la proclamation de la Parole vivante de Dieu à partir de la Bible. La sobriété de la chaire, l'absence de sculptures, ont pour but de ne pas détourner les assistants de la Parole qu'ils sont appelés à entendre et à mettre en pratique.


L'orgue. La musique accompagne le chant de l'assemblée. Depuis l'origine elle a une place d'honneur chez les protestants. Le chant de cantiques permet une participation active de l'assemblée au déroulement de la liturgie du culte.


Les sièges sont de simples chaises. Pas d'endroit pour s'agenouiller. Le protestant est un homme debout en dialogue avec Dieu et les autres humains. Dieu seul étant saint, il demande des hommes debout et responsables pour dialoguer avec Lui. On peut noter que ces chaises ont l'âge du temple.


Je conclus donc sur la question initiale de la nudité des lieux. Elle est voulue. Pendant le culte, tout doit concourir à centrer l'assemblée sur l'écoute de la Parole et le dialogue avec le Seigneur Jésus-Christ et Celui qui l'a envoyé.


Il y aurait encore bien des choses à ajouter. Mais il ne s'agissait pas de la présentation du protestantisme, seulement de celle du temple. Pour faire comprendre à des visiteurs habitués à plus de faste dans les églises, les motifs de cette sobriété voulue.

 

D'après "Porte ouverte" et "Témoigner", Charles Haury. "Partage" n° 138 (décembre 2000) et n° 139 (février 2001).